Automne-Hiver 2002

Pierrot le Fou (Tokstollen) de Jean-Luc Godard

Le monde est déboussolé. Pierrot ne s'appelle pas Pierrot, mais Ferdinand. Il est bien fou, mais fou d'amour pour Marianne, qui s'ennuie. Pierrot suit Marianne dans une course (folle, évidemment) vers le Sud, vers la mer. Vers la mort, au soleil et en couleurs.

 

Travail d'étudiant : La Représentation de la France dans Pierrot le fou 
Laura Crommelin

 

Près du début de Pierrot le fou, Marianne et Ferdinand rencontrent trois personnes dans un café, et essaient de les amuser avec des histoires farfelues pour gagner de l'argent. Contrairement à tous les autres personnages du film, Godard donne à ces trois gens l'occasion de se présenter brièvement aux spectateurs. Ce moment d'aliénation brechtienne est révélateur, parce que ces trois personnages symbolisent trois éléments fondamentaux de la France: la politique, la société et la culture. Analyser ces trois éléments de la vie française aidera à découvrir la représentation de la France dans ce film compliqué et parfois contradictoire.

Visage 1- La France politique: L'impérialisme et la duplicité

L'étudiant Laslo Kovaks représente l'élément politique de la France. Il se présente comme 'réfugié politique' qui, maintenant, a la chance de vivre dans le pays de 'la liberté, égalité, fraternité.' Cette observation ironique met en lumière la duplicité de la France, qui était en train de fêter la démocratie et la liberté de la République en même temps que la colonisation française opprimait les gens en Algérie et au VietNam. On voit cette opposition pour la première fois avec Marianne. Tandis que son nom représente la gloire de la République, dans le film elle soutient les Algériens- le mot OASIS est écrit sur un mur dans son appartement, avec le début du mot écrit en bleu pour indiquer l'Organisation de l'Armée Secrète des rebelles algériens. Plus tard, deux hommes soumettent Ferdinand à la torture à l'eau - la même technique utilisée par les soldats français pour torturer les insurgés algériens. Cette inversion des r™les de tortionnaire et de victime souligne l'hypocrisie de la France, qui ne voulait pas prendre la responsabilité de la violence en Algérie.

De la même façon, Godard fait plusieurs références à la guerre au VietNam, et surtout au r™le que l'impérialisme française a joué dans la création de cette guerre. La plus évidente se trouve dans la scène où Ferdinand et Marianne se moquent des Américains en faisant un jeu de r™le - Ferdinand joue un soldat américain qui ne peut pas comprendre la détresse d'une jeune femme vietnamienne (Marianne). Ce jeu de r™le présente les Américains comme des idiots, qui ne peuvent pas comprendre le tort qu'ils étaient en train de faire aux vietnamiens. Mais en réalité, les Français n'avaient pas le droit de critiquer les actions de l'Amérique au Vietnam, parce que l'impérialisme français n'étaient pas moins tyrannique ni moins nuisible. Donc on voit encore une fois de l'hypocrisie chez les Français, et aussi l'incapacité de la France de prendre la responsabilité de ses actions politiques.

Visage 2 - La France sociale: Le capitalisme et la commercialisation

Pendant Pierrot le Fou, on trouve beaucoup de références à l'influence destructrice du capitalisme sur la société française. Même avant de rencontrer la jeune femme, Viviane, qui travaille dans 'un grand magasin', on voit dans quelle mesure la société bourgeoise est devenue complètement commercialisée: à la soirée de M et Mme Expresso, tous les invités parlent comme les personnages d'une publicité, sans rien dire de significatif. Mais ce ne sont pas seulement les bourgeois qui sont devenus 'pourris': les preuves de la commercialisation se trouvent partout. Par exemple, quand Ferdinand quitte Paris pour trouver une existence plus satisfaisante, il voit la Statue de la liberté. Symbole de la Révolution, maintenant cette statue représentait 'l'occupation' de la France par l'Amérique, et surtout par les idéologies américaines. Même les choses typiquement françaises, comme l'écriture de Baudelaire, sont en train d'être 'américanisées.' On dirait que, bientôt, le monde entier va être colonisé par les États-unis. Ferdinand fait allusion à cette idée dans la scène sur la plage, en prétendant que même l'homme dans la lune a été chassé par les astronautes américains, qui ont voulu lui faire boire du Coca-Cola.

Mais en même temps qu'il critique les idéologies américaines, Godard réprouve les Français de les avoir acceptés en bloc, sans hésitation. On voit cela surtout dans la scène au deuxième garage Total, où Ferdinand et Marianne volent une voiture américaine. Ferdinand demande à l'assistant:

F: Ça te plairait, une voiture comme ça?

A: Oui.

F: Tu n'en aura jamais.

Ce petit échange souligne l'illusion du 'rêve américain'; c'est à dire, si on travaille assez dans le système capitaliste, on finira par avoir assez d'argent pour acheter tout ce qu'on veut, tout ce qu'il faut pour être heureux. En réalité ce rêve est faux, parce que le système capitaliste exploite les travailleurs pauvres au profit des gens riches. Mais, en ce moment, Ferdinand est seul à voir cette vérité; les autres membres de la société française sont contents de s'américaniser, et donc ils sont responsables en partie pour la transformation en 'société de cul' qui est provenue de cette 'occupation volontaire'.

Visage 3 - La culture française: La tradition et la rupture

La représentation de la culture française dans Pierrot le fou est bien complexe et parfois contradictoire. Peut-être que le meilleur exemplaire de cette complexité est la présentation de troisième personne, un vieil homme qui s'appelle Eté André. Visuellement, il semble personnifier 'la France traditionnelle'; mais il se présente comme 'figurant en cinéma', une profession qui n'est pas de tout traditionnel. De la même façon, les autres références dans le film à la culture française se contredisent souvent. D'un c™té, il semble que Godard s'identifie avec la culture traditionnelle: par exemple, le nom de Marianne est Renoir, nom du peintre célèbre; plusieurs fois, Godard remplace les visages de Ferdinand et Marianne avec des visages pris de ses tableaux. En plus, Ferdinand s'intéresse beaucoup à la littérature et à l'art - au début du film, on le voit dans une librairie, et pendant le film il cite de grands poètes et écrivains. Il ne peut pas accepter que les Français fussent en train d'oublier cette culture, de la même façon qu'ils ont déjà oublié 'Balzac'. Mais, de l'autre c™té, on ne peut pas dire que Godard lui-même soit traditionaliste; comme tous ses films, Pierrot le fou ne suit pas les règles traditionnels du cinéma français. A mon avis, cette tension entre la culture traditionnelle et avant-garde fonctionne comme le symbole d'une culture en transition, qui cherchait une façon d'être moderne et nouvelle sans perdre tous les éléments qui rendent la culture française unique.

Authorised and Directed by Prof. C. Nettelbeck, Dept of French
Designed and programmed by
Craig McArthur, Horwood Language Centre
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